;>> Truth Hunting ...;

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SYNOPSIS

           Un meurtre. Deux personnes impliquées. Une chambre d'hôtel froide et hostile. Un meurtre. Pour quoi ? Quand ? Qui paie ? Qui en est à l'origine ? Comment vivent-ils avec ça ? Comment Jake et Amy vivent avec ça ? Comment Jake a t-il pu arriver à avoir un tel comportement ? Comment Amy a-t-elle pu assister à cela ? Comment la seule larme qui a pu couler sur sa joue en cet instant précis à pu la remplir de remords bien avant que la balle ne soit propulsée hors du canon ?



Annaïs & Fanny...©


# Posté le samedi 07 février 2009 16:09

Modifié le lundi 01 juin 2009 04:31

>> 01.[ Fanny ]

>> 01.[ Fanny ]


____Elle me regardait. J'avais l'impression qu'elle ne faisait que ça. Me regarder avec cet air à la fois dégouté et coupable. Dégouté de ce que je faisais et coupable de me l'avoir infligé. C'est là qu'elle se trompait. Elle ne m'avait rien infligé. J'avais choisi. Elle m'avait expliqué et j'avais choisi. Choisi de l'aider.
____Le neuf millimètres ne tremblait pas dans ma main gauche. Je le tenais fermement, j'avais l'impression de n'avoir jamais été aussi sur de ce que je faisais.
____Le neuf millimètres ne tremblait pas dans ma main gauche. Elle me regardait encore. Je détournai mon visage de son visage peureux et reportai mon attention sur cet homme qui me faisait face. Lui aussi avait peur. Ses yeux flamboient et il me supplie du regard. Il me supplie parce qu'il ne veut pas mourir. Personne ne veut mourir. Même dans un tel monde, personne ne veut mourir. Alors il me supplie, il gémit, pitoyablement. Il est pitoyable mais pourtant, je le comprends. Je n'aimerais pas mourir de cette façon. Amy me regarde. Encore et toujours. Je ne la voie pas mais je la sens. Je sens son regard sur moi. Je sais qu'une larme coule sur sa joue. Je sais qu'elle s'en veut et qu'elle s'en voudra longtemps.
____Mais je n'ai pas le choix.
____Braquant toujours l'homme de mon arme, je me déplace lentement sur la gauche en prenant soin de ne pas le lâcher des yeux. Une seule erreur me couterait bien trop cher. Il tremble. Tassé contre le mur du fonds, dans cette chambre d'hôtel crade, il tremble. Je déteste faire ça, mais encore plus le faire dans un lieu impersonnel. La peur que quelqu'un ouvre la porte à n'importe quel instant, la peur de se faire prendre à commettre un crime. La peur de se faire prendre à faire quelque chose qu'on n'aurait jamais pensé faire un jour. Cette peur qui me tenaille, je la hais.
____Je me rapproche encore de lui, je ne veux pas lui faire de mal, malgré ce que je m'apprête à faire, je ne veux pas qu'il souffre, ça ne changerait rien et ne contenterai personne. Ni lui. Ni moi. Ni Amy. Son souffle s'accélère, le mien aussi. La testostérone me parcoure l'échine et me donne du courage. Je marche encore jusqu'à pouvoir le toucher. J'ai baissé mon arme mais je sais qu'il ne tentera rien, il est bien trop effrayé pour ça. Cet homme blond est effrayé par un type comme moi, un type qui n'a jamais fait de mal à personne et qui s'apprête pourtant à commettre l'irréparable. Mon arme toujours le long de ma jambe, je me penche sur lui, jusqu'à pouvoir lui murmurer quelques mots à l'oreille. Amy ne m'a pas demandé de faire ça, mais je ne peux pas tuer cet homme sans faire quelque chose. Je ne peux pas faire ça sans essayer de me soulager un peu. Je ne peux pas lui expliquer, mais il faut que je lui dise quelque chose. Juste quelques mots.

____- Vous ne comprendriez pas, lui soufflais-je à sa tempe battante.

____Je n'ai trouvé que ça.
____Alors je lui tourne le dos. Il ne fera rien. Il est pétrifié. J'avance encore un peu. Un pas, deux pas, trois pas. C'est bon. Je me retourne brusquement et lève mon bras, après avoir engagé la balle dans le barillet. En une seconde tout est fait. Ses yeux me vrillent, mon bras ne tremble toujours pas. Mon doigt caresse la détente.
____Je n'avais pas le choix.

# Posté le samedi 07 février 2009 17:43

Modifié le samedi 30 mai 2009 13:25

>> 02.[ Annaïs ]

>> 02.[ Annaïs ]

____ C'était pourtant moi qui le lui avais demandé. Moi qui, de quelque manière, le lui avais exigé. Et cependant je ne pouvais m'y résoudre, accepter que ce fut fait. Là, sous mes yeux, devant mon visage déconfit, ce corps qu'on abat, cette masse qui s'effondre. Ce bruit, sourd et puissant, un simple déclic, une détonation, et le silence assourdissant, cet invisible voile de la mort qui s'empare de la pièce.
____ Soudain, j'avais froid. Mon faible corps tremblait dans mon pull, frissonnant de ce sentiment glacial et tout à fait désagréable.
____ Mes yeux ne quittaient pas l'arme meurtrière qui avait ôté une vie sans aucune compassion. Cette forme sombre, fumante encore, pointant de son ignoble canon l'âme qu'elle avait achevée. Dans cette chambre miteuse et obscure, seul mon coeur semblait encore vivant, frappant ma poitrine avec acharnement. Mais je ne l'entendais même pas.. Il était trop lointain, presque absent de cette scène figée. Mes lèvres scellées n'osaient crier. Et mon être, paralysé, n'avait pas même la force de bouger.
____ Alors soudain, le monde que j'avais délaissé s'imposa à ma conscience. L'alarme stridente des voitures de police résonnait de l'autre côté du mur. Je pouvais deviner à travers les rideaux fermés les gyrophares bleus et rouges qui s'agitaient sans trêve ni repos.
____ Plus que quelques instants et tout serait fini.
____ Je levais un regard apeuré vers Jake. Mais son visage était impassible. Vide de toute expression. Ses iris, fixées sur le cadavre, paraissaient ailleurs, dans un autre monde qu'était celui des trépassés. Au-dehors, les bruits s'amplifiaient. Il fallait partir. S'éloigner au plus vite. Chaque seconde était désormais précieuse, et nous ne pouvions en gâcher la moindre.
____ Comme si je revenais enfin à moi, mes membres s'élancèrent sans même que je le leur ait ordonné. Je me jetai sur Jake, attrapai son bras et tirai dessus. Mais autant essayer de trainer une statue de marbre.. Figé dans une attitude mortifière, il ne parut même pas remarquer mon poing qui s'affairait autour de son avant-bras.

____ - Jake! Il faut partir!!

____ Aucune réaction de sa part. Sentant la panique m'envahir, je m'efforçais de nouveau de le tirer vers la sortie. En vain. Mon corps fut prit de spasmes, et une sueur froide commença à ruisseler sur mon front. Je ne sentais même plus mes jambes, et mon regard se baladait successivement entre les deux portes et Jake.

____ - Jake.. Je t'en prie..

____ Ce ne fut que quand les pas se rapprochèrent que son corps s'anima de nouveau. Son regard dur se posa sur moi, et ses lèvres remuèrent, dans un murmure imperceptible.. "Cours"..

____ - Viens! le suppliai-je
____ - Va-t-en. Vite.

____ Des coups ébranlèrent la porte. Son visage se referma, et j'y découvris pour la première fois une férocité qui m'était jusque là inconnue. Le souffle court, je le regardais, hésitant à partir. Alors, d'un geste aussi brusque que violent, il me repoussa sans tact ni douceur, et, titubant, je fut forcée de franchir la porte arrière, l'intimant à en faire autant par mon expression désespérée. Mais il ne bougea pas.. Quand je franchit le seuil, j'entendis de l'autre côté de la chambre la porte principale tomber. Inspirant douloureusement, je me mis à courir à en perdre haleine, empruntant des rues de façon aléatoire. Mes jambes peinaient à supporter mon poids, et, sentant le manque d'oxygène déchirer mes poumons, je compris que je ne tiendrais plus longtemps... Et pourtant, il fallait continuer.. Avancer, encore, et toujours. Un pas devant l'autre, un pied en avant.. Encore... et...
____ Je ne vis pas l'inclinaison du trottoir. D'ailleurs, je ne sentis pas ma cheville se tordre, et encore moins mon équilibre être perturbé. La seule chose que je ressentis ce fut ce choc, comme si soudain le sol m'avait percuté de plein fouet.. Bien que ce fut en réalité l'inverse.. Ma tête heurta le bitume froid, et, expirant mon dernier souffle, je fermais mes paupières, sachant que j'avais échoué.
____ Alors, ma dernière pensée fut pour lui, et ma bouche se tordit en un sourire en me remémorant ce garçon qui avait tant représenté à mes yeux...

# Posté le dimanche 08 février 2009 08:32

Modifié le samedi 11 avril 2009 13:39

>> 03.[ Fanny ]

>> 03.[ Fanny ]

____Ils l'emmenaient. Elle n'avait pas réussi à fuir et ils l'emmenaient. Elle allait, comme moi, atterrir dans une cellule froide et austère, où d'autres femmes, de vraies criminelles, lui mèneraient la vie bien plus dur que ce qu'elle a jamais pu imaginer. Elle ne mérite pas de vivre ça. Personne d'innocent ne le mérite. Personne ne mériterait de passer sa vie en prison pour payer ce qu'un autre lui a fait subir. Personne ne mérite de payer pour le crime d'autrui. J'ai tué cet homme. J'ai appuyé sur la détente. Personne ne m'a forcé. Elle ne doit pas payer pour moi. Je n'ai jamais rejeté la faute sur quelqu'un d'autre ou menti pour me dédouané. Et maintenant, j'allais imposer de la prison à Amy ? Je ne peux m'empêcher de me sentir coupable. Et pourtant je ne regrette pas un instant ce que j'ai fait. Il le fallait.

____Je sens un bras me maintenir le poignet, la voiture se faufile à travers la ville, j'ai passé deux jours dans une cellule et ils m'emmènent au tribunal. Je n'espère qu'une chose : revoir Amy. Revoir cette lueur dans ses yeux, peut être même un sourire. La revoir pour l'entendre me dire qu'elle va bien. Pour qu'elle me dise que ces deux jours n'ont pas été trop durs. Qu'elle a bien dormi et qu'elle n'a pas été poussée à bout par ces flics de la banlieue ouest.
____Le tribunal se dresse devant mes yeux. Mélange d'architecture contemporaine et de dédain magistral. Un tel établissement à toujours suscité en moi un mélange d'admiration et de peur. Les magistrats ont toujours été décrits comme des gens partiaux, qui jugent selon les textes de loi, qui ne s'impliquent pas personnellement dans les affaires pour lesquelles ils plaident et qui inspirent la confiance. Pourtant, je n'ai aucune confiance en cet avocat qu'ils m'ont assigné. Il fera ce qu'il peut et j'ai l'intime conviction que ça ne sera pas assez pour m'empêcher de passer quelques années derrière les barreaux.

____Lorsque j'en sors, ma conviction s'est révélée exacte. Il a bien essayé, mais tous ses beaux discours n'ont rien changé. J'ai été condamné. Amy aussi. Les jurés paraissaient encore plus haineux à l'égard d'elle. Elle qui avait assisté à tout ça sans chercher à m'arrêter. Elle qui n'avait pas versé une seule larme lors du procès pour garder ses magnifiques yeux fixés sur moi. Elle qui avait cherché à ma défendre. Elle que les jurés n'avaient pas voulu croire.
____Je me sens tellement serein. Je m'en voudrais presque de ressentir ça. C'est tellement contradictoire. J'ai tué un homme et je ne le regrette pas. Une femme. Une femme que j'aime. L'unique, a assisté à cela. Je me demande comment sera la prison. Je serai séparé d'Amy. Je ne sais pas comment j'arriverai à survivre à ça. Pas à la prison, à la séparation. Je me suis tellement habitué à la tenir dans mes bras, à lui susurrer des mots doux, à la rassurer, à me balader dans les rues en la tenant par la taille, sentir ses cheveux se balayer au vent, sentir son regard sur moi, écouter son rire... Tellement habitué à l'aimer.

____- Hé ! le petit jeune là !

____Et voilà... c'est parti. Les cris, les sourires ironiques, les moqueries. Je me prépare psychologiquement à tout ça. Que répondrais-je quand ils me demanderont tous pourquoi je suis ici ? Pourrais-je dire la vérité ? Certainement pas. Tout ce qu'ils auront le droit de savoir est que j'ai commis un crime. Un crime. C'est suffisamment précis et tellement vague à la fois. Du viol jusqu'à l'homicide, le choix leur appartiendra. Je ne me suis jamais soucié de ce que les gens pensaient de moi, ce n'est pas aujourd'hui que je vais commencer.
____Je marche en regardant droit devant moi. Il est tard, je ne pense qu'à m'avachir sur le lit de la cellule dans laquelle ils me jetteront et dormir. Dormir et ne pas rêver. Dormir en pensant à Amy. Dormir en espérant qu'elle ne regrette rien de ce que j'ai fait. De ce que nous avons mis en place. Dormir en pensant qu'elle dormira bien. Que sa cellule sera chauffée et qu'elle ne sera pas la seule femme douée de raison dans sa prison. Dormir en pensant à nos retrouvailles. Elle me manque déjà. Je ne sais depuis combien de temps exactement nous nous connaissons mais j'en savais assez pour faire ce pour quoi je suis là. Je veux juste dormir.
____Je passe plusieurs portes, nous marchons à la chaine, certains paraissent apeurés, d'autres ricanent comme si ce n'était ni la première fois ni la dernière qu'ils passaient ces portes blindés en acier froid. J'aimerais en toucher une, juste pour calmer le feu de mes mains. Il fait froid dehors, pourtant mes mains me brulent. Je n'ai jamais compris mon anatomie, j'ai toujours chaud, même dans un moment comme celui-ci, alors que la température ne dépasse pas les cinq degrés dehors et que je suis dans une prison, mes mains sont chaudes, mon c½ur bat la chamade et j'ai faim. J'aimerais parfois avoir les mêmes réactions qu'Amy. Avoir froid quand il fait froid, se sentir mal quand quelque chose ne va pas, aller bien quand on est rassuré. Ce manque d'émotion fait-il de moi quelqu'un d'inhumain? Est-ce pour cette raison que j'ai pu en venir à une telle extrémité? Tuer un homme. N'aies-je donc qu'un c½ur de pierre? J'ai tué un homme.

____- Hé ! Avance petit, au lieu de philosopher !

____Je ne me fais pas prier et suis le mouvement. Ils ont tous ont les yeux tournés sur moi. J'essaye de ne pas y porter une attention particulière mais leurs chuchotis, eux, ne m'échappent pas.

____- Regarde le, le petit brun !
____- Oh ! Un nouveau !
____- De la chair fraiche !

____D'autres se contentent de me fixer ou de me gratifier de clins d'½il dont même une femme ne voudrait pas. Ils sont répugnants. Certains sont plus discrets, ils nous regardent passer et leur visage reste vide de toute expression.
____Le gardien de devant s'arrête. C'est l'heure de rentrer dans nos appartements! Quelques minutes plus tard, je me retrouve avec une serviette, une paire de drap et un gant dans les bras, un second gardien m'ouvre la porte d'une cellule et me laisse entrer dedans. La porte de referme dans un fracas d'acier. Je suis seul.
____Je pose mon barda sur le lit le plus proche et tourne mon regard à nouveau sur la porte en acier. Je pose mes mains dessus. La fraicheur me saisi et je me sens de suite beaucoup mieux. Comme si toutes les émotions que mon corps se refusait à exprimer en temps normal surgissaient soudain. J'aurai presque envie de sourire. Mon rythme cardiaque semble ralentir.
____J'ai vingt ans.
____Cette certitude me vrille le cerveau comme pour m'imprégner de sa trace. J'ai vingt ans, j'ai vingt ans, j'ai vingt ans...
____Vingt ans et en prison. Vingt ans et une peine à purger. Vingt ans et des années qui vont être gâchées. Vingt ans et du sang sur les mains.

# Posté le dimanche 08 février 2009 14:26

Modifié le samedi 30 mai 2009 13:21

>> 04.[ Annaïs ]

>> 04.[ Annaïs ]

____La porte se referma derrière moi. Je ne la vis pas glisser sur le sol, mais j'entendis clairement le claquement sec et puissant qu'elle émit en s'enfonçant dans le mur. Entre mes bras croisés était plié le peu d'affaire qu'on m'avait octroyé; une serviette et quelques vêtements intérieurs propres, qui avaient cependant dû déjà recouvrir de nombreux corps. Mais il n'était pas question de faire la difficile. Je me contentais en silence de ce qu'on me donnait, et mettais de côté ma dignité, quelque part enfouie dans un coin de ma tête, protégée du regard des autres et de ma propre opinion.
____J'avançais, sous le regard inquisiteur de ces autres femmes qui jugeaient chacun de mes mouvements. J'étais mal à l'aise, je détestais qu'on m'observe avec tant d'insistance, et je pouvais presque sentir le contact aiguisé de ces criminelles glisser sa ma peau poisseuse comme des pointes de couteau qui testent la résistance de votre épiderme.
____Silencieuse et tête baissée, je gagnais la seule couchette qui semblait encore libre. Personne ne s'y opposa, et je fus soulagée d'y parvenir sans encombres.
____La cellule était silencieuse, mais l'atmosphère crépitait presque, tendue, remplie de soupçons informulés et de questions imprononcées.
____Je ne savais combien de temps je resterais ici. On m'avait simplement dit que c'était provisoire, le temps de trouver un bâtiment adapté à mon cas et avec une place de disponible. Depuis combien de temps ces femmes étaient-elles là? Quelle était leur faute? L'accusation était-elle fondée ou avaient-elles été incriminées à tort? Comme Jake..
____J'avais essayé de ne pas y penser, d'oublier ce regard, de faire abstraction de ce visage. Mais c'était impossible. Tout me rappelait ce sourire attendrissant, ce corps robuste.. Où que je regarde, il y avait toujours un petit détail, ce petit quelque chose qui réveillait en moi le dessin de ses contours. Je m'autorisais alors à espérer qu'il aille bien, que les traitements qu'il recevait n'étaient pas trop brusques. J'aurais voulu qu'il s'évade, qu'il soit libre et heureux. Je n'aurais jamais dû l'impliquer là-dedans.. Pas lui. Il ne méritait pas de porter sur ses épaules mes responsabilités. Mes erreurs. Mes souffrances... Je n'aurais jamais dû le laisser faire. Il avait pris mon silence pour un acquiescement. Mais qu'aurais-je pu faire? M'interposer? N'avais-je pas au fond besoin qu'il pointe cette arme sur cet homme? N'éprouvais-je pas le besoin presque vital de savoir cet homme mort?
____Bien sûr que si... Et c'était d'ailleurs pour cette raison que Jake s'était sacrifié.. Avait perdu sa liberté.. Il n'avait que 20 ans. Il était si jeune, et voilà que je lui dérobais son bonheur. Qui étais-je donc pour exiger tant de lui? Juste une minable fille qui ne savait pas vaincre ses peurs... J'étais pathétique. Non, j'étais dangereuse. J'avais mis en danger la personne qui m'était le plus chère. J'étais un monstre.. Un corps sale avec une âme éc½urante. Un c½ur de pierre, égoïste et malveillant. J'avais honte de moi-même. Je me dégoutais, me haïssais. Si seulement...
____La lumière s'éteignit, et ce n'est qu'à cet instant que je réalisais que mes yeux étaient embués de larmes. Je m'allongeais, fermant les paupières, et réprimais un sanglot. Sans bruit, je laissais les larmes rouler sur mes joues pâles, et me recroquevillais en position de protection, enfant triste qui a besoin de réconfort. Peu à peu, l'épuisement eu raison de moi, et je m'endormis, le visage mouillé, le c½ur serré.

____Le lendemain, ce fut un courant d'air glacé qui me réveilla en sursaut. Me redressant derechef, je mis un temps à discerner les silhouettes qui entouraient ma paillasse. Ma maigre couverture avait été arrachée à mon lit, et je pouvais maintenant lire sur tous ces visages méprisants une haine irrationnelle. L'une de ces femmes, celle qui avait une carrure presque masculine, s'avança d'un pas. Son regard d'aigle me transperça douloureusement, et un rictus ironique déforma ses lèvres charnues. Elle arqua un sourcil moqueur, et, décroisant les bras, me souhaita la bienvenue en laissant son poing s'écraser sur mon visage.

____- Un mot et j'te butte.

# Posté le lundi 16 février 2009 11:59

Modifié le mercredi 25 mars 2009 11:39